Les remontées mécaniques n’ouvriront pas avant le 1er février. Commerçants et hôteliers témoignent aujourd’hui de perspectives plus que moroses.

 

Une saison blanche se profile pour les professionnels de la montagne. Le secrétaire d’État au tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, a indiqué ce mercredi que les remontées mécaniques « ne fonctionneraient pas pour le 1er février », et qu’une réouverture mi ou fin février « semblait hautement improbable ».  À Font-Romeu dans les Pyrénées catalanes, si la nouvelle est loin d’être une surprise, habitants et commerçants accusent tout de même le coup. 

 

Des chiffres d’affaires en chute libre 

« Je n’ai pas forcément envie de parler de saison blanche, mais plutôt de saison noire. Avec moins 80% de chiffre d’affaires, on ne peut pas parler de saison blanche », déplore Rachelle, gérante de deux magasins de location de skis à Font-Romeu. « Oui c’est plus que noir. Puis le problème c’est qu’on ne voit pas le bout du tunnel. On est puni, on nous fait croire que tout va bien, puis hop, on est encore puni. Ça ne s’arrête jamais. On va perdre minimum 50% de notre chiffre d’affaires, et à condition qu’il n’y ait pas un confinement général », ajoute Thierry Bonnaval, le président de l’association des commerçants de Font-Romeu.  

 

Dans les rues de la station, il est quasi impossible de donner raison au gouvernement et justifier la fermeture des remontées mécaniques. Les vacances de février approchent et aujourd’hui, aucun professionnel de montagne ne croit en un revirement de situation. Les différents reports d’une reprise ont d’ailleurs causé des dégâts. Rachelle aujourd’hui est seule dans sa boutique. « C’est un magasin qui fonctionne avec 4 saisonniers et 4 extras pour les vacances scolaire, et aujourd’hui je suis toute seule. Donc c’est aussi des employés qu’on laisse sur le carreau. » 

 

Les aides ne suffisent pas 

Après ce triste constat, les aides de l’État annoncées sont-elles bien perçues ?  « Oui, mais... » nous répond Rachelle. « 10 000 euros ? Oui, je les ai vu une fois déjà. Mais qu’est-ce que c’est quand on a deux gros magasins avec des emprunts, ce n’est rien. Avec en plus quelques charges à côté, pour moi c’est dérisoire. »  

 

Un peu plus loin dans la station, Luc Debroux, lui dirige l’hôtel Carlit, toujours à Font-Romeu. Et les nouvelles ne sont pas meilleures. « Au mois de décembre, on fait 33% de notre chiffre d’affaires, ce qui limite nos aides à 15% des charges fixes. Mais bon au moins, on sauve les meubles. Après, le mois de novembre, c’est 98% de baisse du chiffre d’affaires, et là on n’a toujours pas d’aide », nous explique-t-il.  

 

La société de l’hôtelier, qui parle d’« un petit bug dans les procédures », est en fait gérée par une holding, ce qui le bloque dans ses démarches. Les aides qu’il réussit aujourd’hui à percevoir ne lui permettent pas de payer ses impôts locaux. Il dénonce d’ailleurs « le choix » de la mairie de ne pas les avoir baissés.  

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La randonnée, les raquettes, peuvent-elles sauver la saison ?  

Luc Debroux félicite par contre la municipalité d’avoir rendu la station attractive, ce malgré le manque de ski alpin.  Car oui, pour ce mois de février, il faudra faire avec les randonnées à ski, à raquettes et les balades en chiens de traineau. On parle de boom pour ces activités, mais est-ce vraiment le cas ?

 

Rachelle en doute, en ce qui concerne son magasin de location : "C'est vrai que les gens répondent présents, comme à Noël, mais cela ne compense pas cette perte au niveau du ski alpin. On doit avoir environ 200 raquettes, 100 luges mais 1200 paires de ski alpin".

 

Ça ne sauve donc pas vraiment les meubles pour cette commerçante, mais pour l'hôtelier Luc Debroux , les skieurs d’hier sont les randonneurs de demain. "Cela a permis aux gens de découvrir la montagne d'une autre manière. Le ski de randonnée a beaucoup plu, il y a un véritable engouement il me semble. Ceux qui ont fait l'effort de venir avaient l'air très satisfaits de l'organisation dans la commune", se réjouit-il. 

 

Par contre, ils le disent tous, un nouveau confinement achèverait les Pyrénées catalanes.