On vous dit tout sur la "chienlit" de jeudi dernier

 

Si Emmanuel Macron affirme que "tout est sous contrôle" dans un entretien accordé ce dimanche, les sessions de rattrapage du Bac s'annoncent tendues. Une partie des correcteurs en grève a refusé de rendre les copies du Baccalauréat. 

Toulouse a été l'une des académies les plus mobilisées.

Certains professeurs ont remis leurs copies au Rectorat en fin de semaine dernière, mais un certain nombre dans l'académie a fait le choix de garder encore plusieurs milliers de copies de même qu'en Ile-de-France, Amiens ou d'autres académies qui ne les rendront, au plus tôt, que lundi.

Anne Bisagni-Faure, la Rectrice a eu beau remercier dans son communiqué vendredi "ceux qui ont œuvré à la bonne organisation de l’examen, enseignants, correcteurs, examinateurs" saluant leur "leur professionnalisme et leur engagement" ; la réalité est bien moins idyllique. 

 

Les chiffres officiels

 

Selon le Rectorat, 24 503 candidats sur les 30 511 présents aux épreuves ont été admis à l’issue des épreuves du premier groupe. 4058 sont au rattrapage.

Dans le détail, certains chiffres étonnent ou détonnent. En Tarn-et-Garonne, en section STHR le nombre d'admis baisse quasiment de 30% entre 2018 et 2019. Pour la série L en Ariège, c'est l'inverse, les admis augmentent de plus de 15%. + 14,2% dans le Tarn pour la série STL. + 16 % pour la série TMD (théâtre musique et danse) en Haute-Garonne.
 

De nombreuses irrégularités

 

Nous nous sommes procurés des documents internes aux correcteurs qui montrent l'ampleur des perturbations.

Un petit échantillon permet de se faire une idée des stratégies différentes appliquées selon les jurys (report ou non des notes de livret scolaire, parfois confection pure et simple d'une note "ad hoc", participation ou non d'enseignants en nombre variable, absence ou non de président de jury, ou bien travail solitaire du chef de centre).


Compilation des remontées sur l’académie de Toulouse

 

Au lycée Bellevue de Toulouse, le ton est monté. Le Proviseur-adjoint aurait indiqué avoir reçu un ordre écrit avec une « procédure à suivre » (la saisie des notes de l’année). 5 jurys qui se sont finalement tenus, certains avec du retard.

Au lycée de Fonsorbes, sur 4 jurys, un seul se serait tenu normalement. Un autre aurait statué alors qu'un élève n'avait pas toutes ses notes, 2 des membres ont refusé et sont partis. La proviseure aurait saisi, seule, les notes des livrets et aurait délibéré avec 2 profs présents.

Au sein du jury 3180, en Economique et Social : les candidats avaient une moyenne "incalculable" (1 à 3 notes manquantes). Les professeurs présents ont refusé de délibérer, considérant la manoeuvre illégale, et ont signé un écrit explicatif au dos de la liste d'émargement. Après les avoir menacés de les déclarer grévistes, la cheffe de centre aurait commencé vers midi à rentrer les notes de contrôle continu, dans le chaos informatique le plus complet, et enfin accepté de récupérer les copies des présents. Idem au sein du jury 3179.

Au lycée Déodat de Séverac : les présidents des 3 jurys (407, 408, 410) ont complété les notes manquantes par les moyennes du contrôle continu dans l'après-midi. 3 jurys (407, 408, 410) sur 5 ne se sont pas tenus le matin. Dans le jury 407, 6 professeurs ont quitté la salle, le matin, en refusant de noter les élèves en contrôle continu. Il aurait été stipulé qu'un jury composé d'une seule personne pouvait statuer !  

Au lycée de Saint-Orens, jury 3022 : la présidente aurait rentré les notes de contrôle continu en philo et mathématiques. La moitié du jury est partie, l’autre moitié est restée pour siéger mais n’aurait pas voulu délibérer.

Au lycée Ozenne, jury 3161 : les notes de philosophie manquaient. 6 professeurs sur 11 présents ont quitté la salle, refusant d'utiliser les notes du livret scolaire pour pallier le manque de notes.

Des perturbations également à S. Hessel et Ste-Marie de Nevers.

 

Ailleurs dans l'académie de Toulouse

 

Au lycée Antoine Bourdelle de Montauban : Le Jury 320 s'est déroulé normalement. Il manquait les notes de philosophie au jury 419. L'anglais au jury 368. L'histoire et la philosophie au jury 319. Les profs n'auraient siégé dans aucun des jurys où il manquait des notes. A la mi-journée, on attendait visiblement des inspecteurs pour constituer les jurys sans les enseignants.

 

A Pamiers jury 906 : les professeurs ont voté à l'unanimité pour ne pas siéger.

A Mazamet, des professeurs refusant de saisir les notes du livret auraient été sortis du jury, le temps de la saisie. Une délibération se serait tenue à 5 professeurs sur 15 composant normalement le jury. A Castres, une enseignante secrétaire de jury aurait refusé de saisir les notes du contrôle continu, le chef de centre lui aurait indiqué qu'elle serait considérée gréviste...

 

Des parents veulent désormais saisir la justice pour "rupture d'égalité" ; le Ministre ayant fait le choix de privilégier le contrôle continu pour pallier l'absence de certaines notes.

 

© Photo @SNES_toulouse