A quelques jours des commémorations des 20 ans de la catastrophe AZF, on vous propose un témoignage exceptionnel. Le récit du colonel Christian Pizzocaro, il était le patron opérationnel des pompiers le 21 septembre 2001.

A 10h17, du centre de secours de Colomiers il aperçoit l’énorme champignon orange s’élever au sud de Toulouse. Les communications sont coupées : plus de radio, ni de téléphone. Christian Pizzocaro comprend qu’il devra faire face à "un évènement majeur, inédit et extrêmement grave". Il se projette alors sur site avec ses équipes, il voit les vitres brisées, les abribus pliés puis "après la route d'Espagne c'était le reflux des zombies, la cohorte de gens refluant vers le centre ville. Arrivé à Grande Paroisse on me dit il va y avoir une 2e explosion, au moins aussi puissante que la première dans les 30 minutes qui viennent". Christian Pizzocaro est "seul" ; "c'est le chaos dans ma tête et à l'extérieur".

Le patron des pompiers arrivé vers 10h45 demande de préparer l'évacuation des blessés "vers les hôpitaux nationaux et internationaux", il exige des moyens d'entreprises privées pour grignoter le béton et la ferraille "ils sont arrivés vers 16-17h" sans parler des chiens de recherche de victimes "il fallait sortir des blessés enfouis". Les secours se devaient aussi de contenir les éventuelles fuites chimiques. 

 

Il a envisagé l'évacuation de Toulouse

 

Le colonel Christian Pizzocaro ne peut communiquer pendant 1h30 avec le préfet, censé gérer la crise, "j'ai dû prendre des décisions stratégiques" et "j'envisage même l'évacuation de Toulouse". Les plans de secours arrivent finalement au bout de 30 minutes "mais ils sont inapplicables". Les pompiers établissent finalement des mesures de toxicité négatives, les autorités montent alors un hôpital de campagne. Ils sont remplis de blessés "par projectiles et par surpression pulmonaire". Les pompiers seront environ 350 sur site dans les deux premières heures après la catastrophe, puis 1000 le soir du 21 septembre.

Christian Pizzocaro se souvient d'images marquantes "comme le témoignage d'un des salariés resté coincé, plié en deux, pendant 6 heures le ventre sur le dossier de sa chaise. Compressé et plié en deux : un enfer." A titre personnel "ma femme, enseignante, m'appelle vers 16h15 pour me dire qu'un bâtiment de l'école était prêt à s'effondrer. Je me rends compte seulement à ce moment là qu'elle travaille à 1,5 km du centre de l'explosion... l'adrénaline..."

 

L'après AZF : Christian Pizzocaro est devenu expert en gestion de crise majeure

 

Le colonel désormais à la retraite a beaucoup réfléchi depuis la catastrophe à ses réactions, ses réflexes ce jour-là " comment en suis-je arrivé à passer d'une situation chaotique en la transférant en situation de crise majeure ? " Il se documente "à ma grande surprise j'ai découvert qu'un chercheur, enseignant à Polytechnique, Patrick Lagadec a passé sa vie à chercher sur ses domaines là" ; en gros "il a prémonitoirement écrit ce que j'ai vécu et j'ai appliqué ce qu'il avait écrit".

Christian Pizzocaro est alors contacté par une structure du ministère de l'Intérieur "formant les hauts cadres policiers, santé, pompiers, gendarmerie" pour décrire et analyser les problèmes de crise majeure "savoir ce qu'il se passe dans la tête, sortir les idées parasitaires, comment on s'en sort et comment trouver des pistes pour faire le mieux possible". L'ancien cadre des pompiers de Toulouse en 2001 a aussi exercé comme conférencier en Chine. Il intervient quatre à six fois par an : il fait part de son expérience de ce qui était alors la plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre.

Un documentaire exceptionnel sur AZF avec notamment le Colonel Pizzocaro sera diffusé le 21 septembre à 21 heures sur la chaîne National Geographic.

 


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