Quelques mois après les révélations mettant en cause deux enseignants, l’affaire est en train de faire pschiitt.

 

Procédure disciplinaire 

Mai 2019, le syndicat UET (Union des étudiants de Toulouse) alléguait de faits de harcèlement sexuel et moral de la part de deux professeurs agrégés. Depuis les deux quinquagénaires ont été sanctionnés mi-juillet par une commission disciplinaire interne à l’université. Ils sont interdits définitivement « d’exercer des fonctions d’enseignement ou de recherche dans tout établissement public d’enseignement supérieur ». La section disciplinaire considère que leur pratique pédagogique « est contraire à la déontologie de l’enseignant ». À cela s’ajoute une interdiction totale d’enseigner pendant quatre mois prononcée par le Rectorat. 

 

Une enquête uniquement à charge

Seulement voilà : l’enquête interne diligentée par l’UT2J semble avoir instruit uniquement à charge contre les enseignants. Pour le syndicat FO ESR 31, les enseignants ont été pourtant « disculpés d’une quelconque accusation de harcèlement sexuel et moral des étudiants en privé ». Alors pourquoi une telle disproportion dans la sanction ? Les témoignages à charge, nous allons le voir, sont plutôt loufoques. 

 

Dossier vide et soutien des autres profs

Selon le conseil des deux enseignants Me Emmanuelle De La Morena, la commission disciplinaire n’a entendu aucun enseignant-chercheur, ni même la directrice de l’UFR, pourtant à l’origine de la saisine de ladite commission. Les deux parties accusées n’ont pas été reçues. Les deux enseignants ont eu le soutien d’une très large majorité des enseignants titulaires (dont de nombreuses femmes) du département Arts Plastiques et Design, d’une dizaine d’actuels étudiants et d’une quarantaine d’anciens élèves et professeurs. Un courrier est parvenu au Rectorat et à la direction de l'Université.

Pourquoi cette cabale ? Parmi les accusations de 4 étudiantes (une dizaine de témoignages sont anonymes) versées au dossier, une phrase - attribuée à l’un des enseignants - ressort, « tu es sexy ». « Ils regardaient mal les étudiantes » lit-on également. Et puis ? Rien. Seulement ces allégations relatées de manière indirecte « dont aucune ne tiendrait au pénal » clame le conseil des deux profs. Pour l’instant, rien n’indique que le Procureur de la République - qui s’était auto-saisi de cette affaire - ait trouvé matière à poursuites. Et selon nos informations, aucune audition ni confrontation n’a eu lieu. En attendant, les deux professeurs psychologiquement très affectés ont interdiction d’exercer. Une première dans l'université française pour de tels faits. 

 

L’influence des Gender studies 

Ont-ils fait les frais d’une basse vengeance ? Me Emmanuelle de la Morena évoque deux « incidents pédagogiques » survenus durant l’année scolaire 2018-2019. Deux têtes-à-têtes tendus entre deux étudiantes accusatrices et les professeurs aujourd’hui au banc des « prévenus ». Le premier pour une histoire de matériel vaudra à l’une des jeunes femmes un rappel à l’ordre. Le second sera la conséquence d’une critique du prof, traité dans la foulée de « sexiste de merde »

Quant au "chantage à la note d’entrée en Master" - accusation dont ils ont également fait l’objet - « ces deux enseignants n’intervenaient pas dans les admissions en Master » nous indique une source universitaire. 

Accusés d’enseigner l’érotisme et la pornographie, beaucoup d’enseignants du département Arts plastiques s’insurgent « le corps et l’intime sont vus dans nos enseignements comme pratiques artistiques, c’était au programme de l’agrégation jusqu’à cette année ! »  C’est « une attaque de la discipline » lâche un professeur.

 

Aux Etats-Unis, "un prof ne rentre plus seul dans un ascenseur avec un étudiant"

Ils craignent d’être désormais empêchés d’évoquer des questions taboues. « Depuis 2 ou 3 ans beaucoup d’étudiants abordent ces questions de genre avec des revendications très frontales. Certains confondent critiques du travail et critiques de la personnalité». L’Université Jean-Jaurès est touchée de plein fouet par les « gender studies », une lecture venue des Etats-Unis critiquant "le patriarcat masculin" et qui irrigue un certain nombre de disciplines des sciences sociales. L’étudiant et sa lecture caricaturale des Gender Studies a-t-il pris le pouvoir au Mirail ? Probable… Outre-Atlantique les dérives sont légion  « Aux Etats-Unis où cela infuse depuis longtemps, un professeur ne rentre plus dans un ascenseur, seul, avec une étudiante » confie un enseignant.     

Sophie Lécole-Solnychkine, Maître de conférence en Arts Plastiques à l'UT2J, voit dans cette affaire une dérive des Gender Studies "mes collègues enseignants les traitent de manière universitaire et scientifique. Mais ça se passe dans un contexte beaucoup plus large avec les phénomènes #metoo ou #balancetonporc, donc il y a un effet d'engouement qui vise à critiquer des collègues hommes de 50 ans". Bref attention de n'avoir dans cette affaire que deux étudiantes vexées ayant voulu se "payer" un mâle blanc quinqua...

L'avocate des deux professeurs, Me Emmanuelle de la Morena, attend que le Rectorat convoque une commission de discipline d'appel pour réviser la sanction. 

 

Sophie Lécole-Solnychkine, Maître de conférence en Arts Plastiques à l'UT2J.