Un reportage réalisé par la photographe française Axelle de Russé, à découvrir au Couvent des Minimes.

La 32ème édition du festival Visa pour l’image présente cette année une vingtaine d’expositions qui aborde les grandes actualités de l’année passée dans le monde. Parmi les photographes représentés, quelques français, dont Axelle de Russé. Cette professionnelle basée à Paris présente cette année son exposition nommée « Dehors ». 

Le combat de 4 femmes à leur sortie de prison


Il y a deux ans, Axelle de Russé s’immisce dans un tournage d’une fiction ayant pour héroïnes onze femmes détenues au centre de détention de Joux-la-Ville, à proximité d’Auxerre. Au fil des jours, un lien se crée entre la photographe et plusieurs d’entre elles, toutes en fin de détention. Elle décide alors de les revoir à la sortie et de démarrer un reportage-photo qui va durer presque deux ans, avec comme aboutissement l’exposition nommée « Dehors ». 

Aucune scène n’est photographiée au sein de la prison. L’exposition retrace en fait leur parcours de sortie.  Rupture des liens familiaux, difficultés administratives et familiales, c’est un combat de tous les instants que doivent mener Adeline, Magalie, Rahmouna et Laura. Et c’est ce qui a motivé la photographe à se lancer dans le reportage. « En fait, l’idée de cette exposition, c’est de les montrer dans leur humanité. Le sujet, c’est de montrer que la peine a été effectuée, et que ce sont des personnes qui essaient de se réinsérer, qui en ont le droit, et qui mériterait d’avoir une chance de le faire », explique Axelle de Russé qui ajoute délivrer un certain message à travers son exposition. « Qu’il y ait un minimum de changement dans la politique de réinsertion, puisqu’il n’y a pas suffisamment de moyens dans ce domaine-là pour pouvoir permettre à ces profils de se réinsérer. Les libérer, oui bien sûr, mais que cela soit radical comme ça du jour au lendemain, c’est trop violent comme transition. »

 

Axelle De Russé


La photo d’Adeline avec sa fille, moment clé du reportage 

Magalie, Rahmouna, Laure et Adeline son quatre ex-détenues aux parcours parfois similaires. Quasi toutes sont mères de familles, appréhendent de retrouver une vie de famille après leur détention, puis ont des difficultés à refaire leurs papiers, ou encore à se loger. Une série de problème qu’a rencontré Adeline, et qui a particulièrement marqué Axelle de Russé. 

Une photo représente d’ailleurs l’un des moments clés du reportage selon la photographe. Celle de cette mère, allongée sur son lit avec sa jeune fille, née prématurée à sa sortie de prison.  Adeline venait alors d’apprendre que la juge des enfants lui faisait confiance pour élever son enfant.  Une nouvelle heureuse pour cette femme qui n’avait aps pu assurer comme elle le souhaitait l’éducation de ses deux autres enfants. « À ce moment-là, ça a été pour moi un moment très fort parce qu’il y a eu une grande fierté chez Adeline. Elle m’a dit que c’était la première fois que quelqu’un de l’administration lui faisait confiance et croyait en elle. Cela a été un moment très émouvant car cela lui a donné vraiment confiance en elle. Elle est rentrée chez elle après avoir vu la juge et elle s’est allongée avec sa fille sur le lit. Elle la regardait très tendrement. C’est peut-être le moment le plus heureux de la série de photos, donc il me touche particulièrement », confie Axelle de Russé.
 

Axelle De Russé


Un Visa inédit, une fierté pour la photographe

L’exposition « Dehors » d’Axelle De Russé est à découvrir au Couvent des Minimes à Perpignan, mais également sur le site internet de Visa pour l’Image. Une manière inédite pour pouvoir suivre le festival cette année, et qui ne déplait pas à la photographe, loin de là. Cette dernière tient à féliciter la « combativité » des organisateurs et espère voir les mises en place de cette année se pérenniser. « Je suis vraiment très fière d’être exposée cette année dans une situation si compliquée et hors du commun. Évidemment, il y a beaucoup moins d’événements, les projections sont plus courtes, et il y a moins de rendez-vous, mais il y a quelque chose de fort qui se passe, il y a beaucoup de public, donc c’est très émouvant. »

Autre fierté pour Axelle de Russé, être exposée parmi les grands noms de la photo, mais également de faire partie d’une édition où les femmes photoreporters sont à l’honneur.
 

Axelle De Russé




​Crédit Photo : Axelle de Russé / Hans Lucas