Vendu en décembre, l'aéroport va perdre au moins 20 millions d'euros cette année.

 

Presque 1 demi-milliard d’euros. La vente de l’aéroport de Toulouse-Blagnac est-il en passe de devenir le pire deal jamais vu en Occitanie ?

Le n°3 français du BTP a racheté les parts des Chinois de Casil Europe, transaction rendue publique en décembre dernier, juste avant la crise sanitaire ne frappe l’Europe et ne mette à l’arrêt quasi complet le secteur aéronautique.

Eiffage aurait déboursé la bagatelle de presque 500 millions d’€ pour racheter 49,9% des parts d’ATB. L’Etat et les collectivités conservant le reste. La participation publique pourrait bien sauver l’aéroport, actuellement en grande difficulté.

 

Recapitalisation nécessaire ?

La Toulousaine Emmanuelle Auriol est spécialiste d’économie industrielle et du développement, professeure à Toulouse School of economics. Elle collabore notamment avec la banque mondiale.

Selon elle, si la crise dure, l’argent public sera nécessaire pour éponger les pertes "c'est pas une bonne affaire pour Eiffage qui enregistre des pertes abyssales". Cette spécialiste des privatisations et des PPP (partenariats public/privé) estime "souhaitable d'abonder au capital d'ATB" car ce choc "n'est pas lié à la viabilité de l'entreprise". En refusant de recapitaliser, les actionnaires risqueraient de tout perdre. 

 

 

ATB aurait 60 millions d'euros de réserves

Selon nos informations, recapitalisation ou nationalisation partielle ne sont pas à l’ordre du jour. Le matelas financier constitué sous la pression des actionnaires publics durant le mandat de Casil Europe (4 ans et demi) serait suffisant pour tenir l’année, il avoisine les 60 millions d'euros. Les premières projections, établies en avril et basées sur une reprise d'activité cet été et une montée en charge cet automne, laisse entrevoir une année à zéro. Au lieu de 20 millions d'euros de bénéfices.

Si la crise durait plus d'une année en revanche, le recours à l'argent public pourrait s'avérer nécessaire. Une source proche du dossier nous précise qu'Eiffage, qui compte s'inscrire sur le long terme, "n'est pas inquiet outre mesure et a le temps de se refaire la cerise" d'ici 2046, date de la fin de la concession.

 

Le casse du siècle des Chinois

Cette même source ne mâche pas ses mots "les Chinois ont réalisé le casse du siècle en décembre !". De là à imaginer qu'ils étaient "initiés" - au courant de l'arrivée du choc pandémique mondial et de ses conséquences sur le trafic aérien ? Non, tranche Emmanuelle Auriol, même si la simultanéité pose question "c'est tentant d'imaginer un complot, mais franchement une vente d'aéroport c'est pas comme vendre des bananes : évidemment il n'y a pas de complot, la transaction a été préparée bien avant que le Covid ne circule." 

Contactée, la société ATB n'a pas souhaité commenter nos informations ni officialiser les chiffres avancés ici. Le prochain conseil de surveillance doit se tenir le 24 juin.