« Je suis innocent Mr le Président » : uniques mots prononcés ce vendredi matin par Joël Bourgeon 58 ans, accusé du meurtre de Martine Escadeillas en 1986 à Ramonville. Le corps de la victime n’a jamais été retrouvé dans cette enquête fermée et rouverte à deux reprises, avant qu’une lettre n’incrimine l’accusé en 2016 et ne permette une avancée majeure dans ce dossier longtemps considéré comme un « cold case ».

 

Bourgeon "pas surpris" de son interpellation

Le regard vide comme absent, le presque sexagénaire a le profil de « Mr Tout le Monde ». Chemise bleu clair, jeans bleu foncé. Il cligne des yeux trop souvent et ne regardera pas ses proches de la matinée, la première fois de biais quand son avocat mettra en difficulté un gendarme auditionné. Les enquêteurs se succédaient à la barre ce vendredi. L’ancien directeur d’enquête de la Section de recherches de Toulouse en 2016 a été chercher Joël Bourgeon à son travail. Histoire de l’interroger dans le cadre d’une enquête pour un crime vieux de plus de 30 ans, « il n’était pas surpris le moins du monde, il a dormi dans la voiture et n’a pas dit un mot ». Il rappelle que l’accusé a, sans y être contraint, reconnu les faits et « donné des éléments connus des seuls enquêteurs et auteur du crime » et « il nous demandait de l’aider en interrogatoire » expliquait-il. « Je vous assure que c’est moi qui l’ai fait, mais je n’arrive pas à savoir où je l’ai mise » aurait dit Bourgeon avant de se rétracter. Et d’accuser militaires et juge de lui avoir extorqué des aveux. Lesquels contestaient toute pression ou violence « ce n’est pas le genre de la maison » tançait le militaire.
 

Les coups de boutoir de la défense sur les enquêteurs 

Me Eric Mouton pour la défense mettait pourtant le gendarme sur le grill « le témoignage de la voisine de la 4e étage, un coup on nous dit qu’il sert à déterminer le vêtement de l’auteur ou l’horaire des faits, un coup on nous dit qu’elle n’a strictement rien pu voir de là où elle était : ça disqualifie beaucoup ce qu’on appelle le faisceau d’indices » expliquait le pénaliste. Le conseil maintenait la pression jusqu’à presque faire craquer son interlocuteur, auquel il finissait par lâcher « je n’aurais pas aimé être en garde à vue avec vous ». Mission accomplie, un coin de l’accusation était enfoncé alors que tout ou presque accuse l’ancien agent territorial du lycée Déodat de Séverac. Eric Mouton chargeait aussi la profileuse de la gendarmerie qui se disait « persuadée à 200% que l’accusé est coupable », l’avocat pointait ses « a priori », tic de langage d’un exposé pourtant clair et rétorquait « Joël Bourgeon va finir par a priori être coupable ». L’ambiance de l’audience se tendait au fur et à mesure des saillies de la défense, faisant sortir de ses gonds l’avocat des parties civiles, Me Frédéric Martin qui pointait « des perfidies indignes » de la partie adverse. L’avocat général Nicolas Ruff se voyait obligé de clarifier « cela fait plusieurs fois que nous rétablissons leurs demi-vérités ». Reste trois jours d’audience durant lesquels les effets de manche d’une défense tenace ne suffiront pas à disculper le meurtrier présumé de Martine Escadeillas. Verdict attendu mercredi soir.    

 


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