Quelques gilets jaunes infiltrés par des éléments radicaux ont improvisé une manifestation en marge d'un rassemblement politique.

 

Plusieurs centaines de manifestants étaient réunis au monument aux Morts à Toulouse ce mardi. Un rassemblement allées François-Verdier à l’appel d’Amnesty International, la Ligue des Droits de l'Homme et divers syndicats ou partis de gauche pour dénoncer le projet de loi de "sécurité globale" actuellement discuté au Parlement. Il prévoit plusieurs mesures sécuritaires justifiées par le gouvernement notamment par la menace terroriste, mais certains articles font grincer des dents comme l’encadrement de la diffusion d’images des policiers et gendarmes. Les mécontents dénonçaient notamment cet article 24 "dangereux pour les libertés publiques" selon les mots du président d'honneur de la LDH 31, Pascal Nakache.

 

Et soudain, un "revival" des samedis castagne à Toulouse

Toujours est-il que le rassemblement toulousain, comptant plus de 1000 personnes, a vu se greffer des gilets jaunes, mouvement qui a dénoncé tout au long de ses manifestations interdites les violences policières dont il était victime. Vers 19 heures, nonobstant le confinement et faisant fie de l'ordre de dispersion de la police : un cortège de gilets jaunes, infiltré par des éléments radicaux, s'est lancé dans un défilé improvisé sur les boulevards, direction Jean-Jaurès.

Comme de coutume, la police est intervenue en force, dispersant les manifestants et "nassant" dans les rues adjacentes les perturbateurs. Bilan : beaucoup de gaz lacrymogène, quelques poubelles brûlées et des irréductibles qui ont joué à cache-cache avec la police pendant le début de soirée. L’anniversaire du mouvement né le 17 novembre 2018 a bien eu la saveur des premières heures…

 

Le rassemblement pacifique au Monument aux morts.

Le rassemblement pacifique au Monument aux morts.

Que reste-t-il des Gilets jaunes de Toulouse ?

 

La Ville rose a été un bastion de la révolte. Chacun se souvient des rues du centre-ville noyées dans le gaz chaque samedi pendant 18 mois. Des badauds fuyant l'hyper-centre, des commerçants atterrés et finalement des manifestants qui, lassitude aidant, passèrent du statut de grande révolte populaire à celui de groupuscule de réfractaires. 200 personnes soutenues par certains syndicats partis bien tard, et restés probablement trop longtemps ; peut-être pour s'absoudre de n'avoir pas été au rendez-vous des prémices...

 

Odile Maurin ou l'avènement d'une figure tutélaire...

La militante pour les droits des handicapés, Odile Maurin, est devenue contre son gré une des figures des Gilets jaunes de Toulouse. Elle frappait les esprits un samedi de décembre 2018, bloquant la progression des CRS avec son fauteuil roulant. Ca n'était certes pas le martyr de Tian'anmen, mais le cliché fera le tour des réseaux sociaux ; "ces événements m'ont ajouté de la notoriété que j'avais pas cherché, même si certains m'ont assimilé à un leader des Gilets Jaunes, alors qu'il n'y en a pas..."

A l'heure du bilan, elle dit avoir été "sidérée" par "la répression" qui s'est abattue sur le mouvement. Il reste aujourd'hui, pour celle qui est devenue conseillère municipale d'opposition à Toulouse, "un mouvement social pluriel" mais "restant ancré sur les questions de libertés, de droits sociaux et de démocratie".

 

... et les anonymes

Pour Antonio, le quinquagénaire drapeau au vent ce mardi soir, il ne reste "pas grand chose" des GJ deux ans après, hormis "les violences policières [...] et "ce peuple qui a su créer du lien social", car c’est aussi ça les Gilets Jaunes : "ma vie c'était métro boulot dodo avant... et en voyant des gens qui en avaient marre, qui voulaient autre chose, je me suis rendu compte que je n'étais pas seul" explique-t-il.

Hubert, devenu gilet jaune au moment de la convergence des luttes avec la manifestation pour le climat abonde ; selon lui "le mouvement continue sur Internet, malgré les apparences" et "il y a des AG chaque samedi à Toulouse [...] ce mouvement est appelé à renaître instantanément" prédit-il - preuve en sera faite quelques minutes plus tard ce mardi...

Jean-François, retraité de l' enseignant gilet réfléchissant sur le dos, reconnaît que "le mouvement s’est essoufflé" ; pour deux raisons selon lui " des choses externes : le gouvernement et les médias. Et en interne, il a refusé de se structurer : ça lui a enlevé de l'efficacité" conclut-il.

 

REPORTAGE - BV.