Plusieurs enquêtes sont en cours sur des proxénètes issus de cités dans la Ville rose.

 

C’est un phénomène en plein essor en Haute-Garonne. Il a explosé en région parisienne et contamine désormais toutes les métropoles de France : la prostitution des mineures via les réseaux sociaux. Cette dérive préoccupe tout particulièrement magistrats et policiers toulousains "ces phénomènes sont complètement banalisés" s'inquiètent-ils. Plusieurs enquêtes sont actuellement diligentées par le parquet de Toulouse.

 

La peur des règlements de comptes

Actifs à Toulouse, on connaissait en matière de prostitution les salons de "massage" chinois ; les réseaux nigérians, qui envoûtent et manipulent des jeunes femmes maintenues en état de vulnérabilité. Les mafias de l'est, dont un groupe a été démantelé l'an dernier en région toulousaine (LIRE → INFO 100% - Un réseau de proxénètes albanais ultra-violents démantelé à Toulouse).

Mais la multiplication des règlements de comptes liés au trafic de drogue à Toulouse a fait naître de nouvelles vocations criminelles. Les caïds de banlieue, tirant leurs revenus de la dope ou d'escroqueries, versent maintenant dans le proxénétisme de jeunes filles mineures. Poussés par une évidence : la concurrence accrue sur le marché du deal provoque une flambée de violence et de fusillades, parfois mortelles. En gros, "ces gangs réfléchissent désormais à deux fois avant de développer leurs business vu les risques encourus" témoigne un enquêteur.

Le proxénétisme leur permet de continuer à engranger de crapuleux bénéfices, avec un risque moindre d'essuyer une rafale de kalashnikov... 

 

Des passes via les réseaux sociaux proposées par des adolescentes en rupture

Comme partout, les souteneurs toulousains se servent des réseaux sociaux, notamment Snapchat, Facebook voire Instagram, pour organiser des rencontres entre de très jeunes femmes et leurs clients potentiels. Et ils recrutent des filles françaises dans leur quartier ou sur Internet. 

Les prostituées, âgées de 14 à 17 ans, sont la plupart du temps "des adolescentes sans repaire, en fugue ou en rupture avec leurs parents" ; nourries parfois au "fantasme Zahia" du nom de cette escort-girl mineure, devenue égérie de grand couturier, après un scandale impliquant des joueurs de football.

Mais la réalité est moins prosaïque, ici pas de sacs griffés ou de bijoux hors de prix : ces petites amies naïves, sous l'emprise de leur "lover boy", acceptent de servir de marchandise. L’appât du gain aidant, c’est rapidement l’engrenage. Elles sont alors violentées voire violées.

Les passes ne se déroulent plus dans la rue mais à l'hôtel sur rendez-vous, ou dans des appartements loués pour l'occasion. En témoigne cette affaire le 26 janvier dernier, à Toulouse : une adolescente de 16 ans a confié aux policiers s'être enfuit d'un appartement quartier de la Colombette, où elle était forcée à se prostituer par quatre hommes. Les mis en cause ont été mis en examen et écroués.

Alors que ces enquêtes sont en cours, quid de la prise en charge de ces jeunes femmes ? Existe-il un dispositif qui leur permettrait de parler, d'être protégées et de mettre fin à l'omerta ?

Le proxénétisme est puni de 7 ans d’emprisonnement, peine portée à 15 ans lorsqu’il est commis à l'égard d’un mineur, 20 ans en bande organisée.