L’ex maire de Perpignan (1993-2009) a livré son analyse des résultats du second tour des élections municipales : la victoire de Louis Aliot, mais aussi l’échec du maire sortant Jean-Marc Pujol.


Quelle a été votre réaction après l’élection de Louis Aliot ?
 

Jean-Paul Alduy : Je m’y attendais. C’est l’analyse que je fais depuis malheureusement longtemps et j’ai délivré un certain nombre de messages qui n’ont pas été suivis, et le résultat est là. J’avais même pratiquement donné le pronostic 53/47. Mais ça reste une très grande amertume, un gâchis terrible selon moi. Et malheureusement, ça renforce l’isolement de Perpignan et donc la difficulté qu’a cette belle ville catalane à recoller au peloton des villes où l’économie de la connaissance se développe. D’avoir cette capacité à être au cœur de Barcelone - Toulouse - Montpellier, et d’être dynamique, moderne. Ici je dis toujours que malheureusement, les créatifs ne dirigent pas la société, ils la subissent. Alors il va bien falloir un jour que le mécanisme s’inverse et que l’on soit une ville avec une dynamique sociale, une dynamique de modernité.

 

Est-ce que Jean-Marc Pujol était l’homme de la situation ?

 

J-P. A. : Moi j’ai toujours dit à Jean-Marc Pujol qu’il ne fallait pas qu’il se représente car il n’avait pas tiré les leçons de 2014. Louis Aliot fait moins de 10% en 2008, il fait juste 10% en 2009, et en 2014 il est à 45%. Il faut en tirer les conséquences pour ne pas peu à peu faire en sorte qu’un mécanisme de rejet s’abatte sur vous. Et quand j’ai vu qu’il y avait ce rejet, j’ai donné comme conseil à la classe politique locale, de ne pas se représenter, de manière à pouvoir prendre de la hauteur et à faire une équipe de rassemblement, moderne, sur un projet nouveau. À partir de là, Louis Aliot n’était plus le vote utile pour changer. Alors que là, le fait même que Jean-Marc Pujol se présentait, ça donnait un champ libre à Louis Aliot. Il n’était plus le représentant du Rassemblement National, il était le vote utile, et c’est ce qu’il s’est passé.

Il fallait donc une liste d’union ?

 

J-P. A. : Il ne fallait tout simplement plus que Jean-Marc Pujol soit tête de liste car il cristallisait tout de suite ce rejet qu’on a vu au premier tour.  Quand vous êtes maire sortant et que vous vous retrouvez à 18% au premier tour, ça vous envoie un message. Ce message vous devez l’écouter. Le problème c’est qu’il n’y a pas que lui qui est responsable dans cette affaire. Quand un François Calvet (sénateur LR) fait pression sur Clotilde Ripoull pour qu’elle ne fasse pas liste commune avec Romain Grau, déjà ça donne un résultat. À savoir Romain Grau qui se retrouve très bas et Clotilde Ripoull même pas à 10%. Quand on voit ensuite les résultats du premier tour, on sent qu’il y a une opportunité d’une troisième voie pour créer un autre vote utile que celui de Louis Aliot. Et là cette fois-ci, c’est Carole Delga - le PS - qui demande à Agnès Langevine d’arrêter le film, alors que la jonction avec Romain Grau et Clotilde Ripoull était en passe de se faire. Il y a tout un ensemble d’erreurs qui ont été faites, ce qui m’amène à penser que la classe politique locale n’a que ce qu’elle mérite.

 

Le Front républicain est-il mort selon vous ?


J-P. A. : Je ne crois pas. Là, il n’a pas fonctionné, parce que le candidat qui appelait à un retrait républicain n’était pas crédible, car il était complètement rejeté. Mais je pense qu’il y a d’autres cas où le Front républicain pourra fonctionner s’il est porté par une équipe jeune, très précise sur ses valeurs, sur sa méthode démocratique, sur sa capacité à avoir un vrai projet et à écouter les gens. Je pense que le Front républicain n’est pas mort. Il y a des clivages politiques qui existent et je pense qu’il y aura d’autres périodes où on s’en apercevra.

 

Hier, lors de la victoire de Louis Aliot à sa permanence, certains de ses colistiers ont parlé d’une « fin de l’alduisme » à Perpignan. Qu’en pensez-vous ?

 

J-P. A. : La fin du système Alduy, ça fait des années qu’ils en parlent. Moi je considère que si Jean-Marc Pujol avait utilisé ma méthode, Louis Aliot ne serait pas là. Je signale que le système Alduy, comme ils l’appellent, ça amène le Front National de 40% à 10%. Et la méthode Jean-Marc Pujol, ça amène Louis Aliot de 10 à 40. Mon système à moi, c’était la vespa jaune, c’était du matin au soir sur mes pattes de derrière au contact des habitants, c’était aller là où je prends des baffes car c’est comme cela qu’on apprend, c’était aussi montrer un chemin, faire du marketing territorial, faire de Perpignan la première ville à énergie positive, se battre sur Perpignan la Catalane, faire le Théâtre de l’Archipel pour donner une image de modernité, refaire la gare de Perpignan, c’est ça le système Alduy.

 

Que peut-on maintenant espérer pour Perpignan selon vous, avec Louis Aliot à sa tête ?

J-P. A. : Je pense que le personnage fera un peu comme Robert Ménard. Il va vite mettre dans sa poche les éléments les plus clivants, et sans doute faire attention à continuer de se notabiliser, de se droitiser. C’est-à-dire, venant de l’extrême droite, aller plutôt vers la droite. Je suis à peu près persuadé que ce sera ce cheminement-là. Est-ce qu’il arrivera à le faire compte tenu du fait qu’il a quand même dans son équipe des FN pur jus, pur sucre ? Le problème est là. Ça m’étonnerait qu’il s’attaque à Visa pour l’Image, au Théâtre de l’Archipel, etc. Il y aura quelques petits signaux pour faire plaisir aux islamophobes qui sont dans sa liste, mais je pense que ça sera à petites doses.

 

 

Crédit Photo : M.T. 

 


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