UNE LICORNE PREHISTORIQUE DECOUVERTE...

UNE LICORNE PREHISTORIQUE DECOUVERTE...

DANS LE JOURNAL DES BONNES NOUVELLES...

Une étude, publiée dans "American Journal of Applied Sciences", nous éclaire sur les origines de la "licorne préhistorique". Celle-ci décrit un assemblage de faune découvert au Kazakhstan dans la région de Pavlodar, à proximité du village de Kozhamzhar. Andrei Valerievich Shpansky de l'université de Tomsk et deux collègues y décrivent et comparent les restes squelettiques appartenant à différentes espèces : mammouth (M. primigenius et M. trogontherii-chosaricus), bison (Bison sp.) et elasmotherium (E. sibericum, la fameuse "licorne"). 

Une datation 14C, méthode reposant sur la mesure de l’activité radiologique du carbone 14 dans la matière organique, donne un âge de 29.000 ans pour le spécimen d'elasmotherium.

Cet herbivore a vécu beaucoup plus longtemps qu'on ne le pensait

C'est cette dernière information qui change notre vision de la paleo-communauté de mammifères qui vivait à cette époque dans ces régions reculées des confins de la Sibérie occidentale. Jusqu’à présent, les restes d'elasmotherium avait été découverts majoritairement dans des couches sédimentaires, datées du Pléistocène inférieure et moyen. Les découvertes scientifiques attestaient que cette espèce avait évolué il y a entre 2,5 millions d’années et 0,2 millions d’années (voire 0,1 millions d’années). Cette nouvelle étude, provenant d'un matériel inédit, atteste que ce grand herbivore a en réalité perduré pendant encore de nombreux millénaires avant son extinction.

L’hypothèse selon laquelle cette espèce s’était éteinte plus tardivement avait été déjà proposée, au regard notamment de la présence d'une peinture rupestre dans la grotte ornée de Rouffignac, datée de 13.000 BP (pour before present) qui correspondrait à la silhouette d'un elasmotherium, plutôt qu'à celle d'un rhinocéros laineux (Coelondonta antiquitatis) très représenté dans cette cavité.

L'existence de l’elasmotherium est connue depuis deux siècles. Elle fut décrite pour la première fois en 1808 par le paléontologue d'origine allemande, Gottlhelf Fischer von Waldheim, à partir d'une mandibule gauche offerte à l'université de Moscou, par la princesse Ekatherina Daschkova. L'origine de son nom (Elasmo : lamelle et Therium : bête) provient d'un caractère particulier de ses dents, qui présentent de nombreux replis d’émail. 

L’elasmotherium n’a pas l’apparence d’un cheval avec une corne sur la tête, contrairement à la représentation commune de la licorne, mais celle d'un rhinocéros de grandes dimensions, plus grand que les espèces actuelles, avec un port de tête bas, doté d’une unique corne frontale.

Les dimensions estimées à partir des fossiles exhumés laissent à penser qu'il pouvait atteindre 5 mètres de long pour plus de 2 mètres de hauteur au garrot, pour un poids entre 4 et 5 tonnes.

Mais ce qui fascine le plus dans cet animal, c'est effectivement cette protubérance au niveau de l'os frontal, qui devait porter une impressionnante corne, recouvrant peut-être la grande majorité du crâne. Malheureusement, au même titre que les cheveux, les ongles, la corne est composé de kératine, qui ne se conserve que très rarement (quelques cas dans le pergélisol sibérien), il est donc difficile de proposer une allure définitive à cette corne.

Puisque "licorne" vient d'une altération du mot unicornis (corne unique), il est juste de qualifier l’elasmotherium avec ce terme. Il s’agit bien d’un animal présentant une corne qui se développe sur la partie frontale de la tête. Et on l'a qualifiée de "sibérienne" car un grand nombre de fossiles de cette espèce ont été exhumés dans la partie occidentale de la Sibérie.

Les licornes, au sens premier du terme (des animaux avec une seule corne), ont déjà existé et existent encore. Je pense notamment aux lointains cousins de l'elasmotherium que sont les rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) et de java (Rhinoceros sondaicus), qui n'ont qu'une corne contrairement aux autres rhinocéros. Mais peut-être que la découverte d'une dent de narval ou d'un crâne de cerf avec un seul bois, deux choses rarement observables dans la nature, ont contribué à forger l'imaginaire.

La licorne est peu à peu devenue quelque chose qui nous rassemble autour d'une symbolique commune, qui est partagée par un grand nombre de personnes. Mais ce mythe a changé, entre les premières descriptions qui lui donnent l’apparence d'une grosse chèvre et celles actuelles qui la représentent sous la forme d'un majestueux cheval immaculé. Il en est de même pour ses pouvoirs : sa corne était censée purifier les poisons et, dans l'imaginaire de la saga "Harry Potter", son sang permet de survivre.

Quels pouvoirs auront les licornes et comment seront-elles représentées dans l'imaginaire collectif du futur ? Sans doute pas comme l’elasmotherium, et pourtant…

Continuons à chercher des licornes, mais n'oublions pas que l’une d’entre elles, le rhinocéros de Java (une corne comme le rhinocéros indien) est bien vivante et en danger d'extinction. Elle fera aussi partie du mythe si l’espèce venait à disparaître.

 

SOURCE : Nouvelobs