BENJAMIN BIOLAY...

BENJAMIN BIOLAY...

LE RETOUR...

Benjamin Biolay va mieux. Ça se voit. Et ça s'entend dans son nouveau disque, le sublime « Palermo Hollywood » sorti vendredi, enregistré en Argentine.

« J'avais besoin de prendre l'air, reconnaît le chanteur. C'était surtout lié à ma vie privée. » Il y a un an, il reprenait Trenet. Un disque censé être joyeux alors que Biolay était malheureux, en pleine rupture avec Vanessa Paradis, sous les yeux de la presse people. « J'ai attendu de ne plus avoir une seule larme à pleurer, de ne plus être en colère. Il fallait que je m'estime un peu. »

Le chanteur avait beau avoir les critiques et le public, souvent bluffés par ses disques ambitieux, à ses pieds, il ne s'épargnait pas. « Avant, j'étais une machine à m'autodétruire. Je pouvais me finir tout seul chez moi, par l'alcool, les médicaments, la tristesse : ne pas dormir, mal manger. » Et, à 43 ans, il s'est relevé. « J'ai cru voir la mort de près. Je n'ai pas eu d'accident, mais j'avais le sentiment que j'allais crever. C'était une impression. Depuis, je prends soin de moi. Je fais attention à ma santé, je fais du sport. »

Et il a enregistré un disque. Ou plutôt deux. Quarante morceaux pour ce « Palermo Hollywood », du nom d'un quartier de Bueno Aires. « Je voulais sortir un double album. Mon label n'était pas très chaud. On l'a divisé en deux. Je suis en train de finir le second. J'ai hâte qu'il sorte. » Le premier volume va nous occuper un moment, tant il y a découvrir, à écouter, à savourer dans ce 7 e  enregistrement studio sous haute inspiration latine. « J'ai découvert l'Argentine il y a dix ans. La chanteuse Elli Medeiros m'avait dit que je passais à la radio là-bas, m'a donné un contact. J'ai appelé et j'ai pu aller jouer deux soirs de suite dans une salle un peu comme la Cigale à Paris. Et j'ai tout de suite aimé l'ambiance là-bas, la simplicité, l'importance de la famille. Maintenant, j'ai des amis, des amours et c'est plus paisible pour moi là-bas. A Paris, on ne me fout jamais la paix. »

Alors son disque ressemble à une bulle, protectrice, rassurante, loin de tout chaos. « Tant mieux si on ressent ça à l'écoute. On a pris une telle claque l'année dernière en France. » Biolay adorait le Bataclan, où il a joué plusieurs fois. Il aime beaucoup moins Eagles of Death Metal, qui y jouait le 13 novembre dernier. « J'ai eu le malheur de dire il n'y a pas longtemps dans une interview qu'on ne pouvait pas fracasser sans arrêt Donald Trump et encenser le chanteur de ce groupe qui a les mêmes idées. Et après je me suis fait insulter. Aujourd'hui, on exige que les gens soient tièdes et on te le dit... en te traitant de connard ! »

Il se verrait bien repartir en Argentine, loin de tout ça. « Jusqu'en juin 2017. Et revenir après les prochaines présidentielles. On va retomber dans les promesses de campagne, les débats qui n'en finissent pas. » Surprenant de la part d'un chanteur qui a soutenu François Hollande. « Et je continue, je suis un soutien indéfectible. Je suis tout seul. Mais peu importe. Je n'ai pas soutenu un gouvernement, je n'ai pas soutenu Manuel Valls. J'étais contre lui à la primaire aux côtés de Hollande. Aujourd'hui, j'aimerais que le chef de l'Etat apaise la société française, les tensions entre les communautés, les partis. Pour le reste, sa fonction a ses limites dans une telle économie de marché. Hollande exerce un métier impossible. »

Le chanteur prendra néanmoins ses distances en 2017. « Il faut que les politiques arrêtent de demander le soutien des artistes. Ça n'a pas de sens. J'adore Renaud, mais ce n'est pas parce qu'il me dit de voter Fillon que je vais le faire. » Il préfère se concentrer sur la musique. Le compositeur travaille avec Camélia Jordana, Isabelle Boulay, dont il réalise le nouvel album, veut enregistrer un album de reprises de Nougaro. Et l'acteur multiplie les projets au cinéma dont « Vicky », de Denis Imbert, qui sort le 8 juin où il joue un chanteur. « C'est une imitation de moi à chier. Une sorte de gothique pitoyable, qui s'appelle Moy. Un Gainsbourg qui aurait bouffé du Depeche Mode. C'est dans l'autodérision totale. » Biolay a vraiment retrouvé le sourire.

En concert le 17 juin aux Nuits de Fourvière à Lyon et les 23 et 24 septembre à Paris, salle Pleyel.

SOURCE : Le Parisien